Bienvenue chez moi

Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouilles et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages" sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
Je serai ravi de lire vos commentaires : Merci !
Loïc

samedi 30 janvier 2016

La liste de ce qui fait battre mon cœur.



Chaque matin, chausser mes lunettes, mettre en bonne place mes aides auditives,
Me raser de près, déguster le parfum et le coup de fouet de l’après-rasage,
Faire entrer le soleil, radieux, et applaudir !
Descendre l’escalier,
Adorer la course du chien qui me voit, jappe en remuant frénétiquement la queue,
Accrocher mon regard au tableau de photos
De nos enfants et petits-enfants,
A la place d’honneur dans la grande salle.
Entendre à la radio
La litanie des infos affligeantes
Qui font naître en moi les angoisses,
Les palpitations de mon cœur
Qui ne demandait qu’à aimer.
Décider cependant de continuer avec mes petits moyens
De lutter pour que le monde aille mieux.
Croire qu’il va déjà mieux.
Recevoir comme une offrande
L’écoute et les quelques mots d’empathie
De mes proches et de mes amis,
Simples, courts, touchants.
Ressentir enfin mon cœur qui bat la chamade …
Loïc

mardi 26 janvier 2016



Oui, « twins » : Ce sont des jumelles. Cela crève les yeux. Elles passeraient presque inaperçues, pour quelqu’un qui déambulerait devant la vitrine.
Sourires éclatants, ou … qui le furent. Figés, glacés, morts, en fait.
Fred (Frédéric, ici, Freddy jadis) a rapporté de son bled près de Chicago une photo de ce couple, lorsque son saloon a fait faillite. Il avait alors décidé, sur un coup de tête (et aussi par prudence, car la police fouinait un peu trop souvent dans le coin), de refaire sa vie. Paris, ses bars américains … pourquoi pas ?
Il avait toujours été barman, alors dans ce quartier très passant la reconversion ne fut pas difficile, facilitée, même, par l’accent bien marqué du « cow-boy » du secteur…
« ça y est, les filles, j’arrive ! » et il accourt à leur table, présentant sur son plateau deux grands verres de milk-shake. Mais… ils sont tout à fait immobiles, pas le moindre frétillement, la mousse, sur le dessus, reste inerte !
Du plastique. Fred a eu une idée géniale (la preuve en sont les attroupements réguliers devant la vitrine, et les entrées de clients qui s’ensuivent) : Faire de la pub, trouver un truc original … : La photo des miss ! Il y a mis le prix, mais a vite amorti son investissement : Voici les clientes inamovibles, statufiées, œuvres d’un artisan du Musée Grévin !
Il aime « raconter ses twins », à ses plus fidèles clients, et, par la même occasion, se faire jouer la corde sensible de la nostalgie des States qui le gagne parfois, certains soirs.
Il laissait avec malice planer un doute sur ces femmes – qu’il avait finalement connues d’assez loin, car elles plus souvent dehors … : Elles attiraient, car elles jumelles, OK, mais elles étaient aussi les plus réputées des cougars du quartier.

 (Thème dans l'atelier "Miletune")
 

mercredi 20 janvier 2016

« Qu’y a-t-il dans un trou ? »




Ne prenez rien, disposez autour, délicatement, tout ce que vous voulez : ça y est, vous avez un trou.
Un trou de mémoire, c’est une bouche d’aération dans un cerveau ramolli.
Dans un trou il y a souvent un soldat déchiqueté.
Dans ce trou, tu sautes pour ne plus t’en sortir.
Dans ce trou, c’est moi qui tombe et gesticule, et me réveille.
Le trou de la Sécu est celui des fins de mois et du désespoir sans fond.
Dans le trou du souffleur, il y a une montagne de notes de musique, et un homme essoufflé.
Dans le trou noir, il y a un enfant puni qui panique, dont les yeux bleus tentent de faire jaillir la lumière.
Dans ce trou, il y a le pays des merveilles.
Dans le trou du ticket, il y a une foule qui se presse et des morceaux de carton qui vont bientôt pourrir dans les poches.
Dans ce trou dans l’eau, il y a le regard désespéré de celui qui se noie.
Dans ce trou perdu, il n’y a rien, rien, vraiment rien.
Dans ce trou, il y a des mythes, et des mites qui les rongent.
Dans ce trou, il y a un vide sidéral, car je manque d’inspiration.

Loïc

lundi 18 janvier 2016

Je m’ennuie à mourir ...


Je m’ennuie à mourir ...

L’homme pénètre dans le grand hall, « parc d’expositions de … ».La salle est pleine comme un œuf, un mouvement de foule, une ola de terrain de foot se mettent en branle. Et ce cri ! Des milliers de voix, en un accord impressionnant qui gonfle les poitrines, sonnent comme un tonnerre.
« Je te l’avais bien dit, s’exclame mon ami Gilbert, cet homme est l’homme du siècle, celui qui va nous sortir enfin de cette situation, ce marasme nous ne parvenons pas à vaincre ! »
Nous avons fait le déplacement, fougueux et débordant de militantisme. Notre volonté est enfin assouvie : Il est là ! Nous avons, bien sûr, écouté presque toutes ses déclarations, suivies aussi sur Internet … Nous nous sommes même laissés aller à devenir friands des (rares) rencontres involontaires entre les magazines people et lui …
Des bousculades, des discussions enfiévrées entre les spectateurs qui ont trouvé une place assise, des interventions imparables et musclées des services de sécurité … Nous connaissions la notoriété de ce leader politique, montée en flèche depuis un an, mais à ce point …
Un air de musique reconnu par tous, et repris immédiatement en chœur, sort d’une énorme sono. Notre candidat à la présidence de la République entre en scène sous les vivats. Agitant les bras, il s’approche du micro, et le saisit comme s’il l’écrasait dans son poing.
Alors peut commencer la musique … Oui, une musique, sur tous les thèmes, douce, ou  enjouée et entraînante, et enfin assourdissante, violente, telle un air militaire. Elle rythme ses arrêts dans le discours, semble nous intimer l’ordre d’applaudir. Le meeting est réglé à la seconde près. Le discours a pris son rythme de croisière, et je ressens une sorte de gêne, de malaise : « Mais je connais tout cela par cœur, j’ai lu toutes ses publications … » Les arguments, les critiques, tournent en rond, ressassés, rabâchés depuis des mois. Un ronronnement s’installe, je me prends à disperser mon attention. Mon regard se porte bientôt sur le décor de ce qui m’apparaît tel un théâtre bien agencé, avec ses à-coups, ses effets de manches, ses déplacements sur la scène. Les mots sont articulés superbement, il pratique merveilleusement l’art de la rhétorique, mais il me semble, de plus en plus fort, que sa posture de tribun n’est pas utile ici où le combat de la persuasion est déjà gagné. Les phrases coulent et roulent, ciselées, percutantes. Mais que se passe-t-il ? Tout cela me paraît soudain très redondant, déjà vu et entendu, et, bientôt, surfait. Je me fais sans doute des idées, mais c’est monotone, lassant, et même irritant.
Il est à présent plus attaché à la mise en scène qu’au contenu de son discours. Stupéfait, je regarde Gilbert : il éprouve certainement le même sentiment, un terrible ennui !
Il transpire, comme habité, auto-subjugué. Moi j’ai le dos en nage, mais c’est la chaleur de la salle. …  Je me surprends à bailler et à m’enfoncer dans mon siège : Attention, surtout, ne pas m’endormir !
Je tente de me concentrer en effectuant un panoramique sur les drapeaux déployés, les affiches (combien en ai-je collé ?), les banderoles, les slogans.
Il pose sur certains militants un regard aigu : Il personnalise, individualise … Il en deviendrait un gourou ! Qui a parlé de « culte de la personnalité » ?
Le discours touche à sa fin. Applaudissements déchaînés, hymnes, rappels (oui, comme pour un jeune chanteur !)
Je me frotte le cou, crispé. Déçu, dépité.
Le tribun est épuisé, lessivé comme un boxeur. Pantin désarticulé.
Dans le tumulte général, une seule préoccupation : où ai-je stationné ma voiture ?
Loïc

lundi 11 janvier 2016

Il était une fois un korrigan ...


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L’Adage …
A l’Archipel  de Fouesnant.
Nous devions écrire un texte commençant par « Il était une fois », et contenant :
Une couleur – un personnage imaginaire – un animal – se terminant par un adage …………………………………………………………………

Il était une fois un korrigan, qui, entre nous soit dit, n’est pas du tout, du côté de Fouesnant, un « personnage imaginaire » : Allez donc faire un tour sur les dunes de Mousterlin, ce soir, pour voir ! Mais, en Bretagne, on aime le surnaturel, le merveilleux, et on mêle vite tout ce qu’on ne comprend pas à des opérations du Diable.
Or donc, ce korrigan, en ce début janvier, menait sa ronde habituelle, près de Kleut-Rouz, où le vent glacial accentuait le violet de son visage. Il était sorti, par conscience professionnelle, malgré le froid qui confinait chacun chez soi, à l’abri des températures négatives depuis plusieurs jours. Mais il n’en pouvait plus, allait renoncer à continuer de hanter les lieux, quand il se prit soudain à sautiller, sautiller, d’une manière tout à fait inhabituelle chez lui, qui savait se tenir, tout de même. Il crut tout d’abord qu’il le faisait – tout bêtement – pour se réchauffer, puis il aperçut, dans l’obscurité, un point lumineux qui semblait le guider, et même l’ensorceler, pour le mener en une sorte de ronde folle : Une puce, aux yeux jaunes fluo, tels ceux d’une luciole, se dressait et s’agitait devant lui.
"Allez, suis-moi, diable de korrigan, dit une voix aigrelette, suis-moi, petit diable !"
Et ce benêt de lutin (comme tous les hommes, pense la puce !) se laisse embobiner, empaqueter comme un novice ... Le regard jaune l'hypnotise, le transcende mais l'annihile : Tout comme les petits enfants de Hameln, il s'avance vers la mer, n'entend plus que les murmures de la puce, et entre dans les flots, où il disparaît ...
à Malin, Malin et demi ! » …