Bienvenue chez moi

Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouilles et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages" sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
Je serai ravi de lire vos commentaires : Merci !
Loïc

vendredi 30 septembre 2016

Utopie



Vous arrivez en vue d’une île : Partez dans l'utopie…

Pierre Denic, "De Molène à Sein"


Au loin deux péninsules se font face. En surface, trois formes bleues, un bleu d’acier, glaçant dans une eau glaciale. La plus grande forme est un sous-marin. Les deux petites formes sont l’une un Exocet, il vient d'être tiré par le sous-marin. L'autre …je ne sais pas.
Heureusement un morceau de ciel est tombé sur l'eau où je ressens aussitôt un calme olympien.
« Ne t'inquiète pas, l'eau et l'air du ciel s'accordent toujours » me glisse une voix très douce, presque enjôleuse. Je suis peu un peu attiré vers le fond de l'océan, et je me réfugie avec soulagement dans les entrailles de notre terre.
Ici règnent le calme, la détente, le repos, le lâcher prise. Je peux m'étendre sur un roc qui se fait accueillant, souple et confortable. Je m'assoupis doucement, puis je monte à bord du sous-marin bleu, qui m'emporte dans un doux ronron…

Un homme fait un signe, au loin.
« Oh ! Mais c’est John Lennon ! »

jeudi 29 septembre 2016

1978 ...

Pierre Denic, De Molène à Sein

Amoco Cadiz (acrostiche).



Arrogants, sans scrupules,

Misérables, assoiffés de dollars,

On ne veut pas y croire.

Catastrophe, apocalypse, pas de mots…

On oublie tout, et on recommence.

Citadins, en bottes dans le coaltar.

Abasourdis, accablés.

Désespérance.

Il y en aura d'autres ; la puanteur s'est invitée en ville.

Zèle insensé dans la course aux profits.


samedi 24 septembre 2016

De Molène à Sein.

Pierre Denic, "de Molène à Sein", Fort de Sainte-Marine, Finistère

Une île en vue …
La mer est grosse, aujourd’hui. Molène est en vue. Le débarquement sur la digue sera difficile. Mais le ciel est bienveillant, pur, diaphane. Quelques minutes de bleu transparent, puis on passe au vert bouteille des vagues agitées. Gare aux esquifs, taches brunes toujours traîtresses.
Molène est pour moi une étape sur la route d’Ouessant. Molène, l’inconnue que je me suis promis de visiter un jour. Molène les vacances, « le Caillou », disent les Ouessantins. Ouessant la fière, la secrète, la sombre, le tempérament, mais aussi l’accueil, la chaleur humaine. Ouessant, où le travail m’attend.

Le peintre :  Pierre Denic. Un aperçu de ses toiles, ICI

mardi 20 septembre 2016

Ma maison-ville

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L'incipit du roman "La maison-guerre", de Marie Sizun*, 
nous a permis de continuer dans cette idée ...

La maison-ville.
… Alors on s'en va, on retourne à la maison. La sienne. La maison secrète. Chacun en a une. Pour moi, c'est la maison-ville. Une maison ? Un appartement, plutôt. Je ne le compare pas au lieu au lieu où je vis à présent, c'est un autre temps, une autre vie. Cet appartement se trouve dans un des premiers immeubles sortis de terre à Brest lors de la Grande Reconstruction. Au bout de la rue de Lyon, l'hôpital maritime. J'aime voir passer les ambulances, petit inconscient. À l'autre extrémité, un grand square où Grand-père nous conduit souvent. Le toc toc de sa canne sonne encore dans l'escalier. J'aime compter ses pas, lents et lourds.
Juste à côté de l'entrée du n°58, la rue s’anime le soir dans le café « À l'abri de la tempête », qui s'emplit d'un coup dès que la sirène de l'Arsenal a retenti. Le vendredi soir, de temps à autre, nous avons droit à la descente des « flics mar’ » (gendarmerie maritime), qui embarque à coups de matraque les matafs trop énervés.
Les filles font du hula hoop, nous jouons aux capsules sur un tas de sable près d’une école en construction. C'est le plein centre-ville, près des Halles Saint-Louis, si animées, j’ai sept ans.
Mais nous allons bientôt déménager…
*http://www.arlea.fr/Marie-Sizun

lundi 19 septembre 2016

Vacances ? j’oublie tout !

Je vis en « zone touristique majeure », et – sacrilège et cynisme – je déteste certains aspects des vacances …

Vos gueules, les mouettes !

 Je déteste faire la queue – bien obligé – à la caisse de l’hypermarché bondé, où tout le monde se presse, s’écrase, la mine renfrognée.

Je déteste attendre, au volant, à la station-essence, que le client précédent me fasse perdre un temps fou en restant acheter des friandises à la caisse.
Je déteste entendre parler des vacances quand les miennes sont terminées.
Je déteste quand on me dit que j’ai bien de la chance d’en avoir, des vacances.
Je déteste utiliser à vélo la route Quimper-Bénodet : une vraie gageure, ou une pure inconscience, en juillet-août. Il devrait y avoir une route spéciale touristes.
Je déteste les cris des enfants à la piscine les jours de pluie. Z’ont qu’à les déposer au centre aéré, les parents.
Je déteste ne pas réussir à évacuer les pensées parasites, comme celle des enfants qui ne vont à la mer que lors de la journée du Secours Populaire Français.
Je déteste les étalages de bretonneries dans l’immense rayon des « produits régionaux ».
Je déteste les publicités qui, dès la fin de juillet, nous invitent à penser aux affaires de rentrée …

lundi 12 septembre 2016

Conte marin.




 Il était une fois un korrigan, qui, entre nous soit dit, n’est pas du tout, du côté de Fouesnant, un « personnage imaginaire » : Allez donc faire un tour, ce soir, sur les dunes de Mousterlin, pour voir ! Mais, en Bretagne, on aime le surnaturel, le merveilleux, et on mêle vite tout ce qu’on ne comprend pas à des opérations du Diable.

Or donc, ce korrigan, en ce début janvier 2016, menait sa ronde habituelle, près de Kleut-Rouz, où le vent glacial accentuait le violet de son visage. Il était sorti, par conscience professionnelle, malgré le froid qui confinait chacun chez soi, à l’abri des températures négatives depuis plusieurs jours. Mais il n’en pouvait plus, allait renoncer à continuer de hanter les lieux, quand il se prit soudain à sautiller, sautiller, d’une manière tout à fait inhabituelle chez lui, qui savait se tenir, tout de même. Il crut tout d’abord qu’il le faisait – tout bêtement – pour se réchauffer, puis il aperçut, dans l’obscurité, un point lumineux qui semblait le guider, et même l’ensorceler, pour le mener en une sorte de ronde folle : Une puce, aux yeux jaunes fluo, tels ceux d’une luciole, se dressait et s’agitait devant lui.

"Allez, suis-moi, diable de korrigan, dit une voix aigrelette, suis-moi, petit diable !"
Son dernier sautillement est stoppé net par cette apparition. La dune s’éclaire lentement puis plus vite, baignant le sentier, les oyats et les chardons d'une lumière très douce, bleutée ...
" N'aie pas peur, petit korrigan, je suis Marie Morgane, la fée du vent et de la mer. » Elle apparaît, resplendissante, lumineuse, diaphane. Une merveille, d'une beauté saisissante, irréelle.

" Si tu veux bien, je te nommerai Kory, c'est plus facile pour moi, je suis d’origine irlandaise, tu sais, comme beaucoup d'habitants de notre chère Bretagne. Mais tu sembles subjugué, envoûté ?… »

Les yeux de Kory sont en effet écarquillés. Le teint de son visage est passé du violet à un rouge écarlate. Son corps tout entier est peu à peu secoué de tremblements.

« C'est l'émotion, cher Kory. Je connais un pays où nous pourrons vivre en paix toute notre vie, car je suis moi aussi tombée en amour avec toi. »

Marie Morgane esquisse un joli sourire, tendre et mystérieux : On se jetterait dans son regard de braise, quitte à y laisser sa vie. Il a suffi d'un petit geste d'invitation : Kory, hypnotisé, frôle son grand voile agité par un petit vent qui transporte des parfums de paradis.

Ils ont quitté la dune, ont gagné la plage, elle lui a pris la main et ils ont pénétré les vagues.

Ils font corps avec les ondes, longtemps, longtemps. Dès que Kory donne un signe de fatigue, elle le soutient, lui caresse la joue, alors il avance dans son sillage…

Les amoureux ne se parlent pas. Leurs gestes tendres, les baisers qu'ils échangent désormais avec fougue, leur suffisent. Les algues les accueillent, leur ouvrent le chemin ; les poissons forment une haie d’honneur. La fée ralentit soudain, se tourne vers le korrigan :

« Voilà, nous sommes arrivés. J'ai pensé, puisque te voilà à présent amphibie, qu'une île pouvait bien abriter notre amour. Voici Enez Eussa, l'île d'Ouessant, tu verras c'est un vrai paradis, même si l’on y trouve des humains. Ils sont tellement marins que nous nous comprenons facilement, et tellement bretons que la mer n'a pas de secret pour eux. Ils connaissent donc notre présence et l’apprécient, car le réel et l'imaginaire n’ont pas de frontières, ici.

Marie Morgane et Kory coulent sur l’île les meilleurs moments de leur vie, bercée par les longues promenades contemplatives sur les sentiers et les délicieuses séances de méditation, assis sur les rochers face à la mer du Bout du Monde. Ils y rencontrent régulièrement Ondine, la fée-sirène, ils échangent de profonds propos ésotériques, et baignent dans un bonheur sans nom. Une seule tache à cette vie de rêve : Ondine ne peut pas maîtriser sa nature de sirène : Bien sûr, les bateaux se détournent, les marins sombrent dans la folie amoureuse lorsque ses chants leur parviennent, mais… elle reste malgré elle en mal d'aventure, avide de partager son existence avec le Grand Amour.

Tout allait trop bien. Lors de leur cheminement d'hier soir sur les dunes, les elfes leur ont semblé bien agités, et même sacrément bavards. Tendant l'oreille, Marie Morgane a appris qu'elle devrait faire face à Mélusine, la cruelle « fée-serpent aux mille visages ». Un des elfes soutenait que cette fée, jalouse, en voulait à Marie Morgane : Kory était entré dans son cœur. Selon un autre de ces êtres des dunes, Mélusine était envieuse, et refusait comme une injustice le pouvoir de Marie Morgane d'être, à la fois, de terre et de mer. Mélusine avait maintes fois tenté de demeurer hors de l'eau ; elle s'était même rendue jusqu'au café du port, mais les marins l'avaient accueillie par des quolibets et des sifflets hostiles. Elle avait aussi essayé de faire des avances au brave Kory, qui n’y voyait rien de mal, se concentrant sur les preuves d’amour qu’il rendait à plaisir à sa Marie-Morgane, sa chérie, l’être de sa vie.

La rancœur et une sourde colère emplissaient donc l’âme de la fée-serpent.

À l'extrémité ouest de l’île, au pied du grand phare, vivaient Carabosse et Punky. La fée Carabosse, vous ne connaissez pas ? Mais si, voyons ! Méchante, bossue, elle porte tous les malheurs de la terre, et elle est très partageuse : elle cherche à s'en débarrasser, en les distribuant sur son entourage ! Elle supporte une seule présence : celle de Punky, un « punk à chien », jeté sur l’île un jour de tempête, venant d’on ne sait où. Un seul problème entre eux : Carabosse est très naïve, crédule, mais le punk, lui, est très avisé, sage et – curieux pour un punk – Punky est aussi gentil et avenant que Carabosse est méchante et cruelle. Les Ouessantins se rassurent en se répétant que « jusqu'à présent elle ne nous a fait aucun mal, car elle obéit toujours à son amant ».

Malheur ! Punky est resté seul dans leur maison, Carabosse est à la boulangerie, elle attend son tour, se faisant très discrète comme de coutume. Mais Mélusine est là, elle lui ordonne :" Tu rendras visite à Marie Morgane, tu lui jetteras un sort, le plus terrible qui soit ! "

Bien sûr, Carabosse a murmuré un oui fatigué, puis s'en est allée, sans résistance, agitée de sanglots, rongée de remords et d'impuissance devant son manque de volonté.

Dès le lendemain, alors qu'elle rentre chez elle après sa méditation au soleil, Marie-Morgane sent que quelqu'un marche derrière elle. Carabosse la dépasse, puis se retourne, lui frappe le front avec sa baguette en prononçant une formule magique : « languézyeux ! »

Marie Morgane veut crier, cherche Carabosse, mais rien ne sort de sa bouche, et tout est noir autour d'elle. Aveugle et muette, quelle horreur ! …

Lorsque Kory, inquiet de son retard, est allé à sa rencontre, il l’a trouvée inanimée sur le chemin, les yeux emplis de larmes. Punky les a rejoints, son chien a tenté en vain de la ranimer en lui léchant délicatement le front. Mais Kory l’a réveillée heureusement assez vite, par une pluie de baisers très doux, et de tendres caresses. Le gentil punk a ordonné à Carabosse, l'inconsciente coupable, de mettre fin à cette malédiction épouvantable. Surveillée de près par son compagnon, elle s’est exécutée en recueillant des algues au bord de l'estran. Elle les a fait mijoter dans une marmite de cuivre jusqu'à l'obtention d'un jus sirupeux qu'elle a administré à Marie Morgane, sortie maintenant de sa torpeur.

Nos deux amoureux se sont embrassés, les yeux brillants de bonheur, puis ont disparu dans les eaux du Fromveur, pour un nouveau voyage que nous vous narrerons peut-être une autre fois.

Et Punky ? Il a quitté sagement la fée Carabosse, trop dangereuse et incontrôlable. Ondine et lui coulent des jours heureux dans les parages d’Enez Sun, l’île de Sein …

mercredi 7 septembre 2016

Qu'on se le dise ...

Un des bonheurs si simples et si rares dont Internet peut nous faire cadeau est la rencontre avec "les autres". 
Les autres ? celles et ceux qui nous lisent, apprécient, et franchissent le pas : Ils (elles) nous contactent, et ... longues conversations, découvertes d'atomes crochus, échanges parfois plus intimes, plus émouvants ...

Marie-Hélène nous invite (et surtout les habitants 
de la côte nord du Finistère) 
à partager, à Saint-Pabu, le 29 septembre.
QU'ON SE LE DISE !
 à voir ICI, un extrait de "La petite plage".

vendredi 2 septembre 2016

Tolède, 1967.


Devant les murailles de Tolède, l'autocar s'est arrêté, à bout de souffle.
Je m'éveille, la langue pâteuse, l'esprit bien embrumé. C'est un autocar chargé d'adolescents, qui font partie d'un « camp de vacances » en Espagne. Déjà un arrêt a eu lieu ce matin, vers onze heures trente, pour le déjeuner. Déjà, sous l'effet de la chaleur, les boîtes de conserve du repas étaient gondolées, et nous avons tous éclaté de rire quand une boîte de sardines a laissé gicler son jus, à l'ouverture. Nous nous sommes résignés, faute de mieux, à avaler les sardines chaudes, écoeurantes, infâmes… Toutes nos activités sont centrées, dans ce camp, autour de la météo, de ce soleil obsédant, toute sont tributaires de cette chaleur insupportable, accablante.
L'autre jour, pendant la visite de Madrid, nous étions occupés à acheter des cigarettes à l'unité lorsque trois d'entre nous ont été victimes de malaises et de coups de chaleur. Nous voulons nous départir de nos vêtements, mais en Espagne - en 1967, le « Caudillo » Franco est encore au pouvoir… - il est interdit de se promener en T-shirt et en short à proximité des églises. Nous subissons, donc.
Nous voici à présent en face de la cité de Tolède, de l'autre côté du Tage, à nos pieds. Nous avons écouté les explications d'un guide très fatigué à la voix monotone, au français bien approximatif. Notre écoute est très difficile, car beaucoup d'entre nous sont accablés par la chaleur, certes, mais aussi  par le petit verre de sangria absorbée à la fin de la visite des fabriques d’épées…
Nous ne les avons pas vus tout de suite, mais le son du mélodéon s'est fait entendre peu à peu, grossissant et semblant rebondir comme un écho entre la ville et la colline. Ils sont deux. Un vieil homme, le musicien, porte un costume de paysan andalou, très usé, au pantalon rapiécé et râpé aux genoux. Son boléro pend lamentablement sur une chemise rouge et sur un ventre bedonnant. Sur sa tête, un immense chapeau mexicain. L'enfant, lui, porte une tenue plus quelconque, jeans et T-shirt. Il porte une ceinture garnie d'un porte-monnaie en cuir, qu’il garde précieusement. Tous deux sont placés de part et d'autre d'une charrette tirée par un âne gris au poil très long. Très rapidement, j'imagine que le vieil homme est le grand-père du garçon, et que celui-ci est sans doute orphelin. Le film de Joselito me revient ainsi en mémoire. La carriole est chargée d'objets divers, destiné aux touristes : petites épées, églises miniatures faiseuses de neige, petits harmonicas… Le vieil homme a fini de jouer, et le jeune garçon tend le chapeau de son grand-père. Mais… ce qui devait se produire : le paiement n'arrive pas. Un groupe d'adolescents bien échauffés se moque du duo, secoue la carriole et les deux personnes, en leur criant de déguerpir. Le jeune garçon tente bien de les calmer, de les retenir, rien n'y fait. Alors un des adultes responsables fait monter tout le monde dans le car, qui démarre rapidement.
Dernière image : Le jeune garçon court derrière le car, brandissant un cageot d'abricots, il crie, pleurant à chaudes larmes.