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Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouilles et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages" sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
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Loïc

lundi 12 septembre 2016

Conte marin.




 Il était une fois un korrigan, qui, entre nous soit dit, n’est pas du tout, du côté de Fouesnant, un « personnage imaginaire » : Allez donc faire un tour, ce soir, sur les dunes de Mousterlin, pour voir ! Mais, en Bretagne, on aime le surnaturel, le merveilleux, et on mêle vite tout ce qu’on ne comprend pas à des opérations du Diable.

Or donc, ce korrigan, en ce début janvier 2016, menait sa ronde habituelle, près de Kleut-Rouz, où le vent glacial accentuait le violet de son visage. Il était sorti, par conscience professionnelle, malgré le froid qui confinait chacun chez soi, à l’abri des températures négatives depuis plusieurs jours. Mais il n’en pouvait plus, allait renoncer à continuer de hanter les lieux, quand il se prit soudain à sautiller, sautiller, d’une manière tout à fait inhabituelle chez lui, qui savait se tenir, tout de même. Il crut tout d’abord qu’il le faisait – tout bêtement – pour se réchauffer, puis il aperçut, dans l’obscurité, un point lumineux qui semblait le guider, et même l’ensorceler, pour le mener en une sorte de ronde folle : Une puce, aux yeux jaunes fluo, tels ceux d’une luciole, se dressait et s’agitait devant lui.

"Allez, suis-moi, diable de korrigan, dit une voix aigrelette, suis-moi, petit diable !"
Son dernier sautillement est stoppé net par cette apparition. La dune s’éclaire lentement puis plus vite, baignant le sentier, les oyats et les chardons d'une lumière très douce, bleutée ...
" N'aie pas peur, petit korrigan, je suis Marie Morgane, la fée du vent et de la mer. » Elle apparaît, resplendissante, lumineuse, diaphane. Une merveille, d'une beauté saisissante, irréelle.

" Si tu veux bien, je te nommerai Kory, c'est plus facile pour moi, je suis d’origine irlandaise, tu sais, comme beaucoup d'habitants de notre chère Bretagne. Mais tu sembles subjugué, envoûté ?… »

Les yeux de Kory sont en effet écarquillés. Le teint de son visage est passé du violet à un rouge écarlate. Son corps tout entier est peu à peu secoué de tremblements.

« C'est l'émotion, cher Kory. Je connais un pays où nous pourrons vivre en paix toute notre vie, car je suis moi aussi tombée en amour avec toi. »

Marie Morgane esquisse un joli sourire, tendre et mystérieux : On se jetterait dans son regard de braise, quitte à y laisser sa vie. Il a suffi d'un petit geste d'invitation : Kory, hypnotisé, frôle son grand voile agité par un petit vent qui transporte des parfums de paradis.

Ils ont quitté la dune, ont gagné la plage, elle lui a pris la main et ils ont pénétré les vagues.

Ils font corps avec les ondes, longtemps, longtemps. Dès que Kory donne un signe de fatigue, elle le soutient, lui caresse la joue, alors il avance dans son sillage…

Les amoureux ne se parlent pas. Leurs gestes tendres, les baisers qu'ils échangent désormais avec fougue, leur suffisent. Les algues les accueillent, leur ouvrent le chemin ; les poissons forment une haie d’honneur. La fée ralentit soudain, se tourne vers le korrigan :

« Voilà, nous sommes arrivés. J'ai pensé, puisque te voilà à présent amphibie, qu'une île pouvait bien abriter notre amour. Voici Enez Eussa, l'île d'Ouessant, tu verras c'est un vrai paradis, même si l’on y trouve des humains. Ils sont tellement marins que nous nous comprenons facilement, et tellement bretons que la mer n'a pas de secret pour eux. Ils connaissent donc notre présence et l’apprécient, car le réel et l'imaginaire n’ont pas de frontières, ici.

Marie Morgane et Kory coulent sur l’île les meilleurs moments de leur vie, bercée par les longues promenades contemplatives sur les sentiers et les délicieuses séances de méditation, assis sur les rochers face à la mer du Bout du Monde. Ils y rencontrent régulièrement Ondine, la fée-sirène, ils échangent de profonds propos ésotériques, et baignent dans un bonheur sans nom. Une seule tache à cette vie de rêve : Ondine ne peut pas maîtriser sa nature de sirène : Bien sûr, les bateaux se détournent, les marins sombrent dans la folie amoureuse lorsque ses chants leur parviennent, mais… elle reste malgré elle en mal d'aventure, avide de partager son existence avec le Grand Amour.

Tout allait trop bien. Lors de leur cheminement d'hier soir sur les dunes, les elfes leur ont semblé bien agités, et même sacrément bavards. Tendant l'oreille, Marie Morgane a appris qu'elle devrait faire face à Mélusine, la cruelle « fée-serpent aux mille visages ». Un des elfes soutenait que cette fée, jalouse, en voulait à Marie Morgane : Kory était entré dans son cœur. Selon un autre de ces êtres des dunes, Mélusine était envieuse, et refusait comme une injustice le pouvoir de Marie Morgane d'être, à la fois, de terre et de mer. Mélusine avait maintes fois tenté de demeurer hors de l'eau ; elle s'était même rendue jusqu'au café du port, mais les marins l'avaient accueillie par des quolibets et des sifflets hostiles. Elle avait aussi essayé de faire des avances au brave Kory, qui n’y voyait rien de mal, se concentrant sur les preuves d’amour qu’il rendait à plaisir à sa Marie-Morgane, sa chérie, l’être de sa vie.

La rancœur et une sourde colère emplissaient donc l’âme de la fée-serpent.

À l'extrémité ouest de l’île, au pied du grand phare, vivaient Carabosse et Punky. La fée Carabosse, vous ne connaissez pas ? Mais si, voyons ! Méchante, bossue, elle porte tous les malheurs de la terre, et elle est très partageuse : elle cherche à s'en débarrasser, en les distribuant sur son entourage ! Elle supporte une seule présence : celle de Punky, un « punk à chien », jeté sur l’île un jour de tempête, venant d’on ne sait où. Un seul problème entre eux : Carabosse est très naïve, crédule, mais le punk, lui, est très avisé, sage et – curieux pour un punk – Punky est aussi gentil et avenant que Carabosse est méchante et cruelle. Les Ouessantins se rassurent en se répétant que « jusqu'à présent elle ne nous a fait aucun mal, car elle obéit toujours à son amant ».

Malheur ! Punky est resté seul dans leur maison, Carabosse est à la boulangerie, elle attend son tour, se faisant très discrète comme de coutume. Mais Mélusine est là, elle lui ordonne :" Tu rendras visite à Marie Morgane, tu lui jetteras un sort, le plus terrible qui soit ! "

Bien sûr, Carabosse a murmuré un oui fatigué, puis s'en est allée, sans résistance, agitée de sanglots, rongée de remords et d'impuissance devant son manque de volonté.

Dès le lendemain, alors qu'elle rentre chez elle après sa méditation au soleil, Marie-Morgane sent que quelqu'un marche derrière elle. Carabosse la dépasse, puis se retourne, lui frappe le front avec sa baguette en prononçant une formule magique : « languézyeux ! »

Marie Morgane veut crier, cherche Carabosse, mais rien ne sort de sa bouche, et tout est noir autour d'elle. Aveugle et muette, quelle horreur ! …

Lorsque Kory, inquiet de son retard, est allé à sa rencontre, il l’a trouvée inanimée sur le chemin, les yeux emplis de larmes. Punky les a rejoints, son chien a tenté en vain de la ranimer en lui léchant délicatement le front. Mais Kory l’a réveillée heureusement assez vite, par une pluie de baisers très doux, et de tendres caresses. Le gentil punk a ordonné à Carabosse, l'inconsciente coupable, de mettre fin à cette malédiction épouvantable. Surveillée de près par son compagnon, elle s’est exécutée en recueillant des algues au bord de l'estran. Elle les a fait mijoter dans une marmite de cuivre jusqu'à l'obtention d'un jus sirupeux qu'elle a administré à Marie Morgane, sortie maintenant de sa torpeur.

Nos deux amoureux se sont embrassés, les yeux brillants de bonheur, puis ont disparu dans les eaux du Fromveur, pour un nouveau voyage que nous vous narrerons peut-être une autre fois.

Et Punky ? Il a quitté sagement la fée Carabosse, trop dangereuse et incontrôlable. Ondine et lui coulent des jours heureux dans les parages d’Enez Sun, l’île de Sein …
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