Bienvenue chez moi

Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouillages et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages", sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
Je serai ravi de lire vos commentaires : Merci !
Loïc

samedi 22 avril 2017

Début, fin ?

Bravo pour la photo ! Merci à ma petite-fille Nadya

Début, fin ?

Dis-moi, joli soleil,
Dis-moi du haut du ciel,
Que veux-tu m'enseigner ?

Pourquoi s'enfuient-ils donc
Ces épais nuages gris
Pourchassés par le vent ?
Pourquoi cette menace ?

Vont-ils se déverser
Sur nos villes en paix ?
Sous les toits me blottir ...

Est-ce levant ou couchant ?
Loin du ciel la télé
Nous impose les démons
De ce monde effrayant.

Fermons bien les volets
Tenons-nous bientôt prêts
Nous devrons résister ...

Loïc

vendredi 14 avril 2017

Grand corps malade, "Ca peut chémar", extrait de l'album "Midi 20"




[Intro]
Vous avez un nouveau message, aujourd'hui à 15h25
Allo Fab ? Ouais c'est Samy, rappelle-moi d'urgence quand t'as ce message
J'ai eu une idée de ouf, non mais là c'est bon obligé ça peut chémar


[Couplet 1 : John Pucc'Chocolat]
Combien de bonnes âmes s'attendriront sur notre parcours
Peut-être les mêmes qui à l'ancienne n'auraient jamais cru qu'en ce jour
Le soleil caresserait nos ailes en donnant raison à notre zèle
P'tite tête tu m'traitais de brêle… mes ambitions tu t'foutais d'elles

Mais hélas, pour ta gouverne, sache qu'on a bien repris les rênes
Aussi sûr qu'on se démène pour ne jamais plus être à la traine
On nous disait qu'ça craint là d'où l'on vient pour compter vivre de nos passions
Au point qu'elles nous consument à petit feu sans rémission
J'ai dû slalomer pieds nus et sans skis
Il m'a fallu traverser la toundra et plus sans huskies
Pour devenir maître de mon devenir j'ai frôlé la crucifixion
Mais j'en ai conclu que nos rêves sont à notre portée
Encore faut-il accepter de souffrir pour les mériter

Alors si tu doutes et qu't'en as marre surtout n'enterre jamais l'espoir
Sur la pendule des acharnés à tout moment « ça peut chémar »


[Couplet 2 : Grand Corps Malade]
Des projets, nous et nos potes, on en a eu plein nos poches
Trouver la bonne idée au bon moment pour ne pas rater le coche
Quels que soient les domaines : social, culture ou dans le sport
Il nous fallait tenter notre chance, on ne pouvait pas avoir tort

Des idées les plus farfelues aux projets les plus tangibles
Etions-nous simplement têtus, rien ne paraissait inaccessible
Le plus grand des océans devenait pour nous une petite mare
Lorsque cette phrase résonnait : « je te jure ça peut chémar »


[Couplet 3 : John Pucc'Chocolat]
Ma raison d'être a prit le pas sur ma raison sociale
A toutes les prisons du paraître j'ai mis un retourné facial
Aviez-vous remarqué que l'ascenseur social est bloqué
Et qu'les experts ont bien mieux à faire que d'le réparer
Sur ma lancée j'devais poursuivre alors j'ai pris les escaliers
Mais à ma grande surprise, y'avait plus de marches après le premier palier
On a donc dû relever les manches, taffer dur même les dimanches, quitte à se faire bébar
Et dans nos têtes on se répétait en boucle « t'inquiète, un jour ça va chémar »


[Couplet 4 : Grand Corps Malade]
Je me souviens même plus vraiment quel était notre but final
Voir le quotidien différemment, tenter un truc original
Evidemment ne soyons pas naïfs, on voulait aussi faire des sous
Mais si c'était le seul objectif, on aurait souvent été déçus

Finalement notre ambition, c'était de se créer des rêves
S'offrir une vraie récréation, que le réel nous offre une trêve
Et puis surtout être fiers de construire avec ses potes
On avait besoin de ça, grandir pour changer d'époque

Combien d'heures accumulées en bas de chez toi dans la voiture
A refaire le monde et à refaire notre futur
Combien d'idées d'excités on a citées au pied de ta cité
Et si t'es comme moi, tu referais la même sans hésiter


[Couplet 5 : John Pucc'Chocolat]
A tous les gosses meurtris de briller dans l'indifférence
D'une société qui les néglige puis les accuse de nonchalance
Un hymne à Mère Patrie qui brise le talent et passe son cri sous silence
Une clameur se fait entendre et bat la mesure en cadence
« France ! » des fois je te hais, parfois tu m' émeus
Mais souvent je me tais car je sais qu'au fond je t'aime…
Mais il serait temps que tu rendes hommage à tous ces talents détruits
Fais donc ton tri au mérite et il y aura beaucoup moins d'aigris
Beaucoup moins de jeune épris du lointain modèle états-unien
Parce que réussir ailleurs reste encore le seul moyen d'obtenir ton soutien
Si beaucoup se barrent, c'est pour chasser des chimères aut'part que dans leurs cauchemars
Rappelle-les sur tes terres et montre-leur qu'ici aussi pour eux ça peut chémar


[Couplet 6 : Grand Corps Malade]
Alors on a monté des projets loin des projecteurs
Pour éviter les projectiles des rageurs jeteurs de sorts
Est-ce la mentalité de banlieue ou la mentalité française
Mais les meilleures idées sont souvent celles qui se taisent
Doit-on vraiment changer d'envie ou changer d'environnement
Pour se fixer des objectifs et les atteindre ouvertement
Des mecs qui te jettent le mauvais oeœil, on en connaît depuis le préau
Je dois avouer que même entre nous, on s'est pas toujours tirés vers le haut
Mais fini de s'imposer notre propre censure, on n'a pas de sang sur les mains
Alors pourquoi ne pas être sûrs qu'on est sur le bon chemin
Nous n'étions pas forts mais ce passé nous a formés et plus jamais je me marre
Quand j'entends cette phrase résonner : « je te jure ça peut chémar »
.................................
"Les meilleures idées sont souvent celles qui se taisent"

mardi 11 avril 2017

Evasion

PAIMPOL, Festival du chant de marin, août 2009
Evasion.
Juste derrière lui, une fanfare ! mais il est ailleurs. Ne lui parviennent que les fantômes des cris ou des chants de travail, des jurons, des rires qui montent des ponts, d'un pont, le sien.
La fanfare Zébaliz (sic !) pourra tenter de le faire sortir de son apparente torpeur ... elle peut toujours essayer !
Son calme et son détachement camouflent l'ébullition intense, ardente, qui anime son imagination et sa flamme. Est-il un de ces "Parisiens en vacances" qui vit le rêve qu'il ne réalisera jamais, ou bien un authentique marin-pêcheur retraité, qui se refait, sans regret, sans nostalgie, le film de son existence, ?
Le pinceau s'agite à présent, fébrile, reproduisant sur la toile les images éphémères de la rencontre des vieilles coques sauvées de l'oubli.
Et si j'osais ? Je m'approche, lui effleure l'épaule, levant le pouce : "c'est ... c'est tellement beau, monsieur !"
Un petit sursaut, puis il soulève sa casquette et m'adresse un doux et profond sourire.
Loïc

samedi 8 avril 2017

Solidarité (acrostiche)

TOGO - BRESIL

Toute offrande est un don du Ciel auquel ils croient encore,
Occupés tout le jour à survivre,
Gagne-petits lorsque par miracle ils trouvent une miette;
Organisme Togo-Brésil, leur espoir,
Bouée sur l'océan de leur misère,
Reflux vers leur enfance innocente et joyeuse.
Evadez-vous si vous le pouvez encore,
Serviteurs impuissants de l'ordre mondial ...
Illusions perdues, mais
Liberté, toujours, dans leurs yeux.

jeudi 6 avril 2017

Carcasse

A l'Ecume des mots, nous avons chacun-e imaginé quel était 
le sujet de ce tableau, et laissé courir notre imagination ...

Carcasse

"Au fond de son vieux port,
s'entassent les carcasses
des bateaux déjà morts … » (François Budet)

Mais nous ne sommes pas à Loguivy-de-la-mer. Ce lieu est anonyme, ou du moins l'artiste n'a pas jugé opportun de situer ce gros plan sur un sujet immobile. Nul besoin non plus de nous repérer sur l'échelle du temps, car tout est figé depuis des décennies.
Un bateau de pêche, une coque en bois, selon la coutume de ce vieux temps. Membrures, clins, hachés régulièrement par des éperons, des échardes qui les marquent en leur infligeant les stigmates de la vieillesse.
Le bois a renoncé à sa fierté, à sa superbe, car la couleur n'est plus que restes de taches écaillées.
Mais le métal résiste, persiste à maintenir à cette coque sa tenue et sa fière allure. Il va bientôt devoir y renoncer, car l'affront de la rouille ronge, envahit, gagne du terrain.
Bientôt tout ne sera plus que poussière mangée par les algues et les trous d'eau. D'autres bateaux viendront se coucher, éteindront leur fanaux, mourront en paix.

samedi 1 avril 2017

L'écrivain-voyageur

"La mer, vous dites ? comment vous dire ... je ne peux pas dire ... Je ne sais pas ce que c'est.
Je sais que je suis seul, perdu dans l'immensité, secoué par les vents et le froid, écartelé dans l'écume de creux, de trous, dans cette épuisante succession de coups de boutoir.
Chaque choc est devenu un supplice, chaque écueil un challenge. J'ai perdu, voici quelques heures, mon stylo, mon compagnon de voyage qui m'incite et m'oblige à continuer, à m'accrocher : Je vous l'ai promis, et je me le suis juré. J'ai un témoignage à vous, à me, fournir. Pas une promesse, encore moins un contrat, non. Un voeu sacré, un sacerdoce. Il ne me reste que mon crayon gris, seul contact avec votre monde habité.
Dès mon retour je vous remettrai mes écrits, promis.
Et je m'autoriserai à rejoindre ma maison, quittant le monde blanc du pays des hauteurs.
Finie alors l'évasion en montagne : Bonjour la mer, je vais me présenter à toi, et ... à nous deux !"

Armel Le Cleac'h
sur une idée des Impromptus Littéraires

vendredi 31 mars 2017

HAÏKUS


La tondeuse passe
les plus belles fleurs doivent survivre
pleure la primevère.


Seul sur le pont inondé
envoûté
que j'aime ton crachin.


Ceux-ci inspirés
dont les regards m'impressionnent
écrivent en eux-mêmes.


Le tableau pleure
sur mes doux souvenirs enfuis
saura-t'il les redire ?

Loïc

dimanche 26 mars 2017

Madeleines

MADELEINES

Toquer à la porte comme il faut,
comme on nous l'a appris, 
doucement, car elles dorment peut-être,
Sieste du dimanche oblige ;
Respect.
Entrer seulement quand nous y avons été invités,
Chausser les patins,
s'asseoir sur une des chaises en velours moelleux,
Toujours la même, toujours à la même place ;
C'est plus simple et ça évite les disputes,
Elles n'aiment pas les cris,
Ne sont pas habituées aux enfants.
Une bonne odeur de thé nous parvient,
Mais ce n'est que pour les grandes personnes.
Regarder alors la grande soeur qui partage,
Il lui faudrait presque une règle,
La grenadine.
Au beau milieu de la table, une corbeille,
de madeleines, Joëlle ne les aime pas,
"Elle ne sait ce qu'elle perd" a dit Madeleine.
Elle est Tante Madeleine, la soeur de Papa,
prononcer Tannmat'leine.
Elles vivent ensemble, Mémée Marie et elle,
C'est elle - je n'ai jamais su -
Qui paie le loyer de l'appartement ?
Elles vivent ensemble, la mère, la fille,
Relation fusionnelle.
Un long mur, tapisserie aux grandes fleurs
Un peu couleurs cimetière.
En plein milieu, pour mieux l'adorer,
le Christ, sur un grand tableau sinistre ;
Il a la poitrine percée, en sort un coeur sanguinolent,
"Coeur sacré de Notre Seigneur".
Tante Madeleine nous a dit que c'est écrit en breton, 
Mais "je ne me souviens pas des paroles",
Ai-je déclaré un jour, et ils ont tous ri.
De chaque côté du Jésus,
Le grand-père que je n'ai jamais connu, Mathieu.
En militaire de 14/18.
Mort en 1934 "des suites de gazage",
On m'a expliqué tout ça plus tard.
De l'autre côté, Auguste,
le frère de Mémée, 
En militaire de 14/18,
Mort au combat deux semaines avant l'Armistice.
Mémée ne s'en est pas encore remise
Et sa vie est auprès d'eux et d'elle, Madeleine,
Et elles prient, souvent, profondément,
Et elles vivent, pieusement.
Mémée m'a offert un Missel, qui appartenait à son oncle
Vivant au temps de Napoléon III, et portant mon prénom.
Le dimanche, c'est fête, toujours.
C'est sacré, la famille, c'est un don de Dieu, disent-elles.
La grenadine et la madeleine, les cadeaux hebdomadaires.
Et puis le Gramophone, oui un vrai,
On a le droit d'y toucher, d'en remonter le mécanisme,
C'est encore mieux quand un disque est en mouvement
pendant qu'on tourne la manivelle.
Des 78 tours, de l'opéra, et puis des chanteurs du temps.
La "voix de son Maître" est venue plus tard, moderne,
Avec deux haut-parleurs, et un changeur de 45 tours,
Pensez-donc !
Tante Madeleine est à l'aise,
"Agent d'assiette des Impôts", ça classe, même si
(surtout) quand on ne sait pas ce que c'est ...
Elle se fait, elle nous fait des cadeaux :
Chaque dimanche, c'est musique classique.
Tous les grands, elle les possède, et se fait
Une joie immense de "nous les apprendre".
Avec des commentaires, mais toujours après la musique,
Jamais pendant, ça tue le plaisir.
"Deutsche Grammophon", ce nom me berce et m'emporte.
Elle s'est offert, pour être dans le vent,
Quelques 45 tours, choisi un peu au hasard :
John William, Richard Antony, Gilbert Bécaud,
"Qu'elle est dure à porter, l'absence de l'ami ..."
Silence complet, apprécier, ou supporter pour ceux qui n'aiment pas ;
En tous cas ne pas se lever :
Le moindre mouvement fait pleurer les lames du parquet
Et le bras, avec son diamant, pourrait rayer le disque !
La séance musicale pouvait durer tout l'après-midi, 
jusqu'à ce que la télévision la remplace peu à peu ...
Puis Tante Madeleine s'en est allée, tchip tchip 
le chuintement des chaussons
Le thé, la madeleine, la grenadine.
Mes frères et soeurs en ont aussi gardé
Les odeurs, les sensations, les délices,
Le bonheur.


Loïc. J'ai trouvé ce sujet sur Impromptus littéraires.

vendredi 24 mars 2017

Avec des mots désuets ...

Elle le fustige.

Dès potron-minet elle le fustige, 
car elle subodore ce éternel chafouin 
d'avoir encore commis des mirifiques galéjades 
qui ne sont des plaisanteries que pour lui.
Elle s'approche subrepticement derrière son dos, 
tandis qu'il pratique ses ablutions devant le miroir. 
Amoureux de son image, il répète et braille d'une voix tonitruante 
ses chansons paillardes et ses habituelles calembredaines.
Alors elle surgit et fustige ce pleutre gougnafier 
de rodomontades féroces face auxquelles 
il ne peut présenter qu'un regard pusillanime.
- Ah, coquin ! Tu ne videras plus à présent ton escarcelle 
dans tous les estaminets, où tu passes le clair de ton temps 
à te goinfrer de gouleyantes ripailles. 
Et ne tente plus, paltoquet, de m'amadouer : 
Non, je ne suis pas une callipyge, ne t'en déplaise ! »

mercredi 22 mars 2017

La boîte rouge

Décoré à la chinoise, ce coffret n'a pas d'âge. Ses couleurs sont ternes, usées et tannées par les vents de l'Orient aux senteurs mystérieuses et envoûtantes.
J'ai découvert ce joyau en bois précieux lorsque j'avais entrepris de réaliser mon arbre généalogique, partagé dans le Monde sur Internet. Je reçus un jour un courriel d'un Monsieur Russein, habitant un village du nord de l'Allemagne : Il était lui aussi remonté dans le passé de sa famille, et avait été interloqué par mon nom, qui ressemblait étrangement au sien. Alors nous nous mîmes à fouiller, à creuser pour élucider cet intrigant secret.
Un autre prodige se produisit : Un Russe nous contacta. Il nous raconta qu'un de ses ancêtres avait un jour quitté son pays pour l'Allemagne, où on l'appela bien sûr "le Russe" ("Russein", en allemand*).
Mais on le nommait aussi "le Chinois" car il présentait fièrement à la vue de tous, bien en vue sur son buffet, un petit coffre qu'il n'avait jamais ouvert, par superstition. Cet objet véhiculait à travers les siècles une légende (ou peut-être une histoire vraie qui surgissait du fond des âges) : Cette sorte de tabernacle avait appartenu à un des marins de Marco Polo ! Cet homme l'avait rapporté de son voyage en Chine, autant pour sa valeur supposée importante, ou pour sa signification sentimentale, précieux présent d'une amoureuse ...
Nous fûmes bien sûr très impressionnés et émus d'apprendre cette filiation qui nous menait si loin, pendant qu'elle nous rapprochait au-delà des frontières et des cultures.
Mais, à mon grand désespoir, je n'ai pas encore déniché le nom de ce marin, d'origine italienne vraisemblablement, et même vénitienne, pourquoi pas ?

 Et si c'était "Rossini" ?

* Oui, c'est complètement faux, mais j'ai le droit d'écrire ce que je veux. Je n'ai jamais appris l'allemand.

mardi 21 mars 2017

Hortense TAVIDOU

"Je découvre l'encyclopédie de nos anciens".
Nous avons pêché au hasard trois syllabes dans un livre. Nous en avons fait un nom propre. Nous créons un personnage, et l'article de l'Encyclopédie qui le concerne.

TAVIDOU Hortense. Née vers 1815. Décédée en 1834. Poétesse–conteuse.

Hortense Tavidou est née au début du 19ème siècle dans les Cévennes, dans le village reculé de Fonduboa-l'Ostaire. Le travail à la ferme de ses parents, très difficile dans cette contrée, la contraint à prendre, à leur mort, la route de la ville. Illettrée jusque ses douze ans, elle parvint à s'instruire, alternant la location de ses services chez les propriétaires terriens, avec des passages dans les écoles où on voulait bien l'accepter. Très vite dans le département Hortense Tavidou fut connue et appréciée comme poétesse, puis romancière. Elle dut cependant préserver sa personne, et sa réputation, car elle se retirait fréquemment dans une clairière, après avoir affiché, auparavant un air mystérieux et un regard perdu dans le vague.
Elle avait fait son entrée en littérature en « brodant », disait-elle, sur les images et les histoires récurrentes de la bête du Gévaudan, qui occupaient tant de veillées : Il en naquit des poésies fantasmagoriques et ésotériques, empreintes de la sainte morale de l'époque. Elle reçut ainsi l'aval de tous les prêtres de la région, car elle participait à la bonne éducation de leurs ouailles.
Mais un jour de 1834, elle disparut subitement, à tout jamais, sans donner signe de vie, à dix-neuf ans.

Le mystère plane encore aujourd'hui. Chez les commères les langues vont bon train. Les plus anciens la nomment « Hortense la Gévaudamne »...

lundi 20 mars 2017

Renouveau

Renouveau.

Tandis qu'à leurs oeuvres perverses,
Les hommes courent haletants,
Mars, qui rit malgré les averses
Prépare en secret le printemps ...

Et toute la classe (des garçons seulement, nous sommes en 1959) écoute, bouche bée. L'épisode "radio scolaire" a commencé. Nous nous sommes "échauffé" la voix en faisant des vocalises, "montés" au plus haut, "descendus" au plus bas, puis révision des chants connus. Le maître nous présente alors ce à quoi je donnerai le titre de "le tandika", il nous explique le pourquoi (nous sommes le 21mars), nous apprend le mot "renouveau", avec le rapport avec le moment, 1959, de la renaissance de notre ville ...
C'est le printemps, regardez ces petites fleurs parsemées sur les parterres de l'école ! M. Appriou augmente le son, "écoutez bien". Il est presque sourd, porte des appareils auditifs. Cela m'impressionne, car sa voix métallique sonne comme celle d'un robot.
Je ressentais cette parenthèse dans notre quotidien comme un ravissement, un véritablement moment de bonheur.
Et puis ce mot magique, "renouveau" ...

Théophile GAUTIER   (1811-1872)

Premier sourire du printemps

Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d'or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du muguet.

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : " Printemps, tu peux venir ! "

Pour la nouvelle petite fabrique d'écriture

samedi 18 mars 2017

J'aime l'Afrique.

J'aime l'Afrique.

Moi, j'aime l'Afrique
l'Afrique de la négritude assumée et revendiquée
l'Afrique du combat, du modernisme
l'Afrique de l'immensité
l'Afrique de la diversité
l'Afrique de l'ouverture au Monde
l'Afrique de la fierté
l'Afrique de la lumière.

Mais moi je n'aime pas l'Afrique
l'Afrique des violences
l'Afrique de l'incompréhension
l'Afrique du ghetto
l'Afrique des obscurantismes
l'Afrique des dictateurs
l'Afrique des fanatismes
l'Afrique des généraux fous
l'Afrique de la misère
l'Afrique de l'esclavage des enfants
l'Afrique des enfants-soldats
l'Afrique du viol arme de guerre
l'Afrique de la femme soumise
l'Afrique de la femme blessée à jamais
l'Afrique de la sournoise domination des Blancs.

Marigot

Il n'est pas toujours bon de barboter dans le premier marigot venu ... :
Méfie-toi de l'alligator qui guette sournoisement en se fichant bien de la beauté et de la poésie du lieu.
Méfie-toi des appels langoureux des crocosirènes : Elles nagent bien mieux que toi.

mercredi 15 mars 2017

Voici des mots



Voici des mots tant que t’en veux
fais-en une chanson un poème …
je crie mon appel je pleure mon blues
je revendique mes spiritualités
je plains ma douce identité et la chaleur humaine
disparues
dans un long râle étouffé …
voici des mots tant que t’en veux
fais les hurler gémir gueuler …
je ne montre pas ma gorge aux tyrans
je vomis à la face des résignés
mais … indignation ou indulgence …
voici des mots tant que t’en veux
traîne-les dans la fange de tes colonisateurs
traîne-les dans la honte des hommes blancs
dans la honte de toutes les oppressions
voici des mots tant que t’en veux
fais-les taire dans des élans difficiles
de pacifisme obligé
dans des pardons impossibles
comprendre mais ne pas pardonner l’indicible
les attentats à ma couleur
aux enfants et aux femmes de mon pays
où le viol est arme de guerre
mépris je suis un chien écrasé
impuissant misérable
mais j’ai faim et
la faim est l’entrave qui soumet la révolte
survivre pour espérer s’évader
ne pas accepter
ne pas tendre la joue
pour espérer que mes larmes deviennent
un cours d’eau doux musical
qui me berce.
en italique : Ismaël LO