Bienvenue chez moi

Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouilles et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages" sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
Je serai ravi de lire vos commentaires : Merci !
Loïc

mardi 17 octobre 2017

Une feuille, un calligramme



Un jour, ou était-ce une nuit …
Il pleuvait sans cesse sur Brest, Barbara.
Je n’attendais plus personne
Que l’ange qui me guiderait
Jusqu’au bout du tunnel.
Je sortis de l’automne,
J’étais dans le rouge-sang,
Mais vint le printemps.
Loïc, pour Jacques Prévert.

vendredi 13 octobre 2017

Pangramme

PANGRAMME

Ahurissant,
Bêtifiant,
Ce scénario
Délirant ...
Emotions ?
Fadaises
Gargantuesques,
Honteuses,
Idiotes.
Jargon,
Karaoké,
Lénifiantes
Mièvreries
Navet.
Obscénités
Paralysantes
Qui provoquent.
Rouges
Sourires,
Tonitruant
Univers,
Vaines inspirations,
Waterloo ...
Xénophon trahi,
Ys dernier voyage,
Zeus rit.

mardi 10 octobre 2017

Nous sommes de celles qui ...

Nous sommes de celles ...

Nous sommes de celles qui ne parlent jamais, qui se taisent parce qu'elles le doivent et parce qu'elles ne veulent pas qu'ils sachent qu'elles sont femmes, femmes blessées. Elles, savent qu'elles doivent se taire et obéir à tout ordre.
Nous sommes de celles avec qui tout est permis, tout, et surtout le pire.
Nous sommes de celles qui encaissent, celles dont les os craquent, celles dont le regard est un lance-flammes mais ont appris à ouvrir grands les yeux, sur elles et le monde, et qui sauront en faire une arme.
Nous sommes de celles envers lesquelles tout n'est plus permis, celles qui parlent haut et fort, qui crient, qui se révoltent, qui abattent les tabous, qui savent maintenant déposer plainte, celles qui affirment que leur corps leur appartient.
Nous sommes de celles qui ont obtenu ... le droit de conduire une voiture ...
Nous sommes de celles pour qui l'espoir n'est plus un vain mot. Celles qui se battent.

 Que la révolte est jolie !

Ce texte représente une petite partie du travail que nous produisons (oh, ces mots !) lors de nos rencontres dans l'atelier in vivo "l'écume des mots".
Voir ICI

jeudi 5 octobre 2017

"Inspiration" Picasso



"Inspiration" Picasso ...
- Oh, que t'ont-ils fait ? mais tu es un état ! Ma taquine, dis-moi, tu ne souffres pas, au moins ? Tu me sembles complètement chamboulée. Ta jolie petite bouille de Westie, ton corps aux longs poils blancs, tout a disparu ...
- Mais non, ne t'inquiète pas : Je me promenais au bord du quai et reniflais les bateaux après le retour de pêche, quand je me pris, maladroite et distraite, la patte dans un filet dont je ne parviens pas à me défaire. Des poissons bleus (des maquereaux ?) encore frétillants, sont pris dans ma toison et s'agitent fébrilement, tu vois. Mais ils ne me gênent pas, ils semblent même très heureux d'être là, comme hypnotisés !
- Là, ta tête ! Fracassée, démolie ... une explosion ? Excuse-moi : tu me fais peur.
- Peur ? ça dépend. On pourrait en effet y voir des traces du drame des Gueules Cassées de 14/18.
- Oui, c'est vrai. Ta tête est d'ailleurs ornée de la cocarde bleu-blanc-rouge.

mercredi 4 octobre 2017

Altruisme

"L'autre", toujours l'autre ... Tu m'as, tout au long de ma vie, invité (forcé) à me tourner vers l'autre. J'ai souvent parlé de toi, tu sais, car tu me rendais malade, moi qui me persuadais 
de ne pas en faire assez.
Des associations de malades, divers organismes de solidarité (Croix-Rouge, Restos du Coeur, Donneurs de Voix ...) ne m'ont pas satisfait : J'étais toujours "Monsieur Plus". J'ai même (mais peu de temps !) touché au monde redoutable de la politique. J'avais une devise, celle du Secours Populaire Français : "Tout ce qui est humain est mien" ...
Je t'ai quitté, altruisme, abandonné sur l'insistance de mon médecin qui m'a convaincu de "penser à moi", elle m'a aidé à admettre que si l'on n'est pas - ou plus - altruiste on n'en est pas pour autant égoïste. "Un peu de modestie, aussi, et évadez-vous donc de ce cocon de bonne conscience ..."
Penser à soi, pour accueillir l'autre, se montrer plus disponible, se fixer des limites de sécurité. Car tu peux, altruisme, rendre très malade.
Tu m'as souvent aidé à me supporter moi-même. Tu as fait preuve d'une patience inouïe envers moi et mes envolées lyriques, tu as su me donner les éléments pour comprendre sans juger. Tu en as profité pour me rappeler aux principes de vie de mon éducation judéo-chrétienne, que je ne pourrai jamais refouler car ils sont inscrits dans mon ADN.
Tu m'as, hélas, amené à une négligence aveugle envers mon entourage, incompréhensif à juste titre. J'ai éprouvé, par ta faute, de grandes lassitudes, des déceptions, des révoltes face aux échecs, non acceptés.
Altruisme, fais en sorte, à présent, que je conserve l'équilibre que tu m'as enseigné. Fais que je ne retombe plus dans les travers du perfectionnisme.
Fais donc, tout simplement, que je sois plus vivable !
Loïc

vendredi 29 septembre 2017

Que sont ces instants devenus ?

Que sont ces instants devenus ? …

Toute notre famille a pris le trolleybus jusque l’autre bout de la ville, puis, après une marche assez longue, nous avons pu nous installer sur le sable de la plage de Sainte-Anne du Portzic, entre Brest et le Conquet. Après un délicieux cocktail de sauts dans l’eau, de plongeons, de « celui qui arrivera le plus vite sur le ponton », de concours de châteaux de sable, et le sacro-saint bain de soleil, c’est déjà le retour.
Et voici, aujourd’hui, le cadeau : Bien que connaissant, bien sûr, notre réponse, Papa et Maman nous proposent une petite fraîcheur au petit café, celui où les glaces sont si belles.
Papa s’approche d’un gros coffre au dessus transparent, rutilant et scintillant  de couleurs multicolores. Nous nous approchons et il proclame de manière solennelle, les yeux aussi écarquillés que les nôtres : « C’est un juke-box ! »
Après l’instant de la découverte, il va falloir évidemment l’essayer.
Papa, royal, glisse une pièce dans une fente, et appuie sur plusieurs boutons (il cherche bien pour ne pas se tromper, il vérifie que tout est bon, sur un tableau éclairé de bonbon) … Et un curieux manège de barres, de roues dentées, de pinces de robot, s’agite derrière la vitre. Un petit disque « 45 tours » surgit, se pose, et … Bourvil vient nous susurrer « Salade de fruits, jolie, jolie, jolie, tu plais à ma mère, tu plais à mon père, un jour ou l’autre il faudra bien qu’on nous marie … »
Un silence impressionnant s’installe, presque incongru dans un équipage d’enfants. Jamais entendue, celle-là ! (Nous n’avons pas encore la radio, à la maison).
Nous dégustons, sirotons ce moment, chacun s’est laissé glisser avec jouissance dans son ailleurs personnel. Je n’ai pour ma part prêté attention qu’à l’expression « salade de fruits », le reste viendra plus tard … L’expression, oui, et la musique si douce.
Cette chanson du début des années soixante, aujourd’hui, vient parfois me titiller : les tables en formica, les chaises aux dos en tiges de plastique (on peut même y jouer de la guitare !), les posters sur les murs, Claude François, Gene Vincent, Vince Taylor, les cendriers jaunes Ricard plâtrés à l’intérieur contre la fauche, et la paille du limonade-grenadine, le sirop magique de mon enfance … Tout cela, je ne les prêterais pour rien au monde : Ce sont MES madeleines !
Loïc

Un moment de plénitude ...




Suave, Cette chanson m’entraîne tendrement 

dans les longs méandres

d’une méditation calme, apaisée, délicieuse.

Des charmants personnages m’entourent : 

Le joli sourire avenant de la jeune fille,

puis celui du loup, étonnamment bienveillant et accueillant.

La bonté et l’empathie des deux visages 

se confondent à présent. 

Un rêve psychédélique, si bon …

Une senteur sucrée se dégage des buissons sans épines, complice du merveilleux enchantement.

Loïc

mercredi 27 septembre 2017

Insolite ? Oui, c’est le paradis !




Les teintes les plus vives se prêtent à nos regards, se chargent de peindre en couleur gaieté les murs blancs et nous invitent à nous envoler, ou mieux à naviguer vers les paradis.

Sur un des tableaux , une île, toute petite, humble, déserte.

Mais soudain, lorsque l’enfant paraît, souriant, un groupe bigarré et un peu grotesque surgit derrière lui, et entame une chanson.

Tout de jaune vêtu, Casimir court vers moi, dégoulinant de gentillesse et de barbapapa, et me couvre de baisers, tandis que l’hymne de l’île aux enfants emplit l’espace …

vendredi 22 septembre 2017

Je vis, mais ... qui suis-je ?

JE VIS

Je vis partout où on me laisse une place pour m’insérer,

et on ne se gène pas pour m’ouvrir grand les bras, 

pour un accueil hypocrite.

Je suis dominatrice, souvent tueuse.

De là où je suis, je distingue une agitation sourde, impalpable. Je vois, au travers d’un épais brouillard, des lumières floues qui s’approchent. Elles zigzaguent de droite et de gauche, semblent chercher quelque chose ou quelqu’un. Elles envahissent l’espace, elles hypnotisent.

Je prends le commandement. J’interdis de réfléchir ; je ferme l’accès à la halte, à la réflexion, à toute pensée. Je n’admets aucun compromis, j’annihile, je phagocyte, je dévore toute velléité, ronge toute volonté. Je paralyse. J’en ressens une volupté céleste.

Je suis celle qui a toujours tout envahi, en priorité les coeurs des hommes, celle qui les a menés à l’injure, à la négation de l’autre, au mépris, à la haine, au crime, à la guerre. Incompréhensions, barrières, violences.

Un jour viendra, où je serai vaincue. Je l’espère, le veux, fatiguée de tous les ravages que je provoque ; fatiguée de subir moi-même mes attaques et de ressentir de plus en plus douloureusement que, moi aussi, je baisse la garde devant elle. Je suis gagnée par … la peur.

Loïc

mercredi 20 septembre 2017

JE SAIS

Je sais que je ne sais pas grand-chose
Je sais que la vie est un tourbillon
Je le sais, elle tourne trop vite
Je sais que mes petits-enfants sont mon avenir
Je sais - je veux savoir - que je peux espérer
Qu'ils refonderont un monde plus vivable
Je sais que je sais reconnaître mes amis
Et que je peux compter sur eux
Je sais ce qu'est la vie

Je sais que tu sais que je le sais                              Loïc R., pour l'Ecume des mots

dimanche 17 septembre 2017

Je voudrais te faire partager, mon ami, une belle visite : J'ai pu enfin explorer le moulin du Chef-du- Bois : Une merveille !

Tous les sens sont y sollicités : Odeurs du feu de cheminée, des poutres humides, spectacle des flammes, qui réchauffe le cœur, caresse du vieux bois dans le moulin, à paroles celui-là, qui en aurait à raconter, craquement perpétuel au charme si reposant. On ne m'a pas roulé dans la farine, c'est vraiment le moulin de mon cœur !

J'ai contemplé les alignements des moulins de Hollande. J'ai entendu le grand Jacques qui dans le vent s'est perdu. J'ai vu Don Quichotte de la Manche faire leur affaire aux moulins.

Me voici revenu sur terre, mais pour combien de temps ? ... Ce moulin m'a envoûté.

À plus tard, je t'attends pour une autre visite, ensemble cette fois.

Loïc

vendredi 15 septembre 2017

Que va-t'il devenir, ce moulin ?


Que va-t'il devenir, ce moulin ? Comment le mettre en valeur ? ...

Le représentant des Bâtiments de France se tourne brusquement vers l'architecte, et s'exclame :
- "Mais cette construction a une valeur inestimable, monsieur ! et vous osez suggérer d'en faire un restaurant ?
- Oui, c'est cela. Ou alors, je ne vois qu'une solution : la destruction totale.
- Comme vous y allez ... Remplacez-le par un parking, pendant que vous y êtes !
- Un parking ... tiens, tiens ... Euh, pour cela, il faudrait faire en sorte que l'on ait besoin de s'arrêter ici. Ou bien ... une discothèque ?
- Il en existe déjà une, pas loin.
- Alors, quoi ? ...
- Pourquoi donc, monsieur l'architecte, ne pensez-vous qu'à quelque chose de commercial, qu'à un immeuble de rapport ?
- Mais parce que notre époque le veut, les temps actuels sont ainsi faits ! J'imaginerais bien, pour ma part, une refonte intégrale : On couvre le toit de tuiles, pour faire "Sud de la France", ce serait joli; on peint les murs extérieurs d'un enduit jaune du plus bel effet, et on fait venir les touristes !
- Arrêtez, c'est de la folie douce !
- Bon. Enfin, bon ... Alors, on le démantèle, pierre par pierre, qu'on numérote, et on le reconstruit à l'identique, au bord de la mer, pour garnir une station balnéaire d'un bel élément décoratif. Autour, évidemment, un grand parc d'attractions, où la petite souris aux grandes oreilles noires trouvera son bonheur.
- Et moi, des Bâtiments de France, je vois ici un aménagement culturel. Non monsieur, ce mot n'est pas une injure. Bibliothèque, cinéma, ouverts à toutes les cultures, non ce mot n'est pas une injure, ouverts à tous vents. Un lieu intellectuel, et non ce mot n'est pas non plus un gros mot.
- Et le monsieur, là, qui est venu donner l'avis de sa famille, propriétaire, qu'est ce qu'il en pense ? Il faudrait peut-être lui demander son avis ?
- Ma famille et moi, nous n'hésiterons pas une seconde : respect de sa structure, reconnaissance d'un patrimoine intouchable, et métamorphose intelligente ..."

jeudi 7 septembre 2017

Hasard ?








sujet semaine 36/2017 sur Miletune- clic 
"Dis, toi, comment t'appelles-tu ?
- Erwan, pourquoi ?
- Moi, c'est Nolwenn.
- Tiens, ce sont des prénoms bretons, ça ! nous avons au moins cela en commun.
- Bof. Un hasard. Comme ces chemises de nuit : Normal, nous sommes dans le même centre d'accueil pour enfants ...
- Dis, j'ai lu dans ce vieux truc ...
- Arrête ! tu ne sais certainement pas lire.
- Si, je sais lire. C'est même toi qui m'as appris.
- Quoi ? C'est la première fois que nous nous voyons !
- Je me disais qu'il était temps de se bouger, de vivre, un peu. On s'encroûte, ici. Oui, je sais, je parle comme une grande personne. J'en ai rencontré beaucoup, par vouloir, par plaisir, ou par hasard. Alors, voici le texte sur lequel je suis tombé :
"Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peuLeur histoire, c'est la théorie des dominosmais à l'envers. Au lieu de se faire tomberils s'aident à se relever."
Ensemble, c'est tout (2004) de  Anna Gavalda
           - Dis, petite, tu nous crois concernés par ce truc ? Où es-tu allée chercher ça ?
- Je ne suis pas, justement, allée le chercher ! je l'ai trouvé, par hasard.
- Intrigant ... En tous cas, on se retrouve un peu, là-dedans, non ?
- Attends, on peut tomber sur d'autres citations, regarde : 
"Ce n'est point au hasard que doit se dessiner le voyage. A toute expérience humaine il faut un bon tremplin terrestre. Un logique itinéraire est exigéafin de partirnon pas à l'aventuremais vers de belles aventures."







"Équipée" 
Pékin aux marches thibétines (1929) de Victor Segalen



dimanche 3 septembre 2017

"D'hor bugale ..."




"Les gens", "le peuple", "la population brestoise", "les Brestois", "celui qui" ... Ces termes sont trop généraux, ou trop restrictifs, pour désigner les passants qui côtoient ce monument aux morts, émus, respectueux, ou indifférents.
Derrière la rangée d'arbres, un grand espace marque le centre de la ville : Avant la guerre "les Glacis"; puis "Place du Général de Gaulle", et enfin "Place de la Liberté". Un point de ralliement, un repère, pour beaucoup d'habitants. Mais aussi, en 2017, un repaire, de plus en plus fréquemment, pour les dealers de toutes espèces, et même pour les bagarres rangées ...
J'ai rarement entendu parler breton, à Brest. Seule une vieille dame (Mme Kersauzon, oui comme le marin), qui nous gardait parfois chez elle, nous chantait des comptines et des ritournelles, dans cette langue qui n'était pas ma langue maternelle. Elle n'a pas tenté de me l'apprendre, par contre je sais faire du tricotin grâce à elle !
Je demandai un jour à mon père ce que signifiaient ces mots : "D'hor bugale maro evit ar vro".
- "Regarde, c'est écrit de l'autre côté : "A nos enfants morts pour la nation."
J'insistai : -"Mais notre pays, alors, c'est la France, ou la Bretagne ?
- "La France, bien sûr !"
Trop compliqué, pour moi.


lundi 28 août 2017

Gilles

Sur le blog-atelier "Miletune : sujet semaine 35/2017 - clic


Comme la nuit tombait, Gilles se décida à rentrer. Mais il se sentait progressivement attiré, aspiré, par le ciel irréel, par ce trou qui l'enjôlait, l'hypnotisait, irrésistible.

Les Gilles, dans le Nord, sont connus pour se débrouiller avec tout ce qui se présente, vraiment tout, et surtout aux vertes et aux pas mûres, pendant leurs défilés débridés ... Mais, sur ce coup-là, Gilles s'était soudain retrouvé seul au bord de la plage, sur la corniche, le long des cabines. Et il ne s'était jamais senti aussi bien depuis longtemps. Il était déjà ailleurs, épiait, scrutait, ressentait que ... qu'il s'élevait, doucement, délicieusement, jusqu'aux limbes !

Ses collègues de travail étaient accourus sur le bord de mer dès sa disparition, car ils le connaissaient : un gilles maritime d'une espèce très particulière, très aimable mais totalement imprévisible.

Soudain résonna sur la mer un long coup de klaxon. Le ciel s'était déchiré. un trou énorme se découpait à travers les nuages. Une très grande silhouette noire, creuse, vide : celle de Gilles. Elle commença à avaler tout doucement, puis plus fort, puis comme un gigantesque aspirateur, toute l'équipe. Des volées de coups de klaxons les attiraient, les piégeaient telles des sirènes.

Ils pénétrèrent tous, formant une jolie ronde, dans la brèche à présent béante. Ils prirent la main de Gilles et tout ce monde disparut en affichant de beaux sourires  ...

Alors se referma ce que l'on nomme depuis ce jour "le trou de Gilles", sous de lourds grondements de tonnerre.

Loïc, 27/08/2017

mardi 22 août 2017

A l'abri de la tempête

Je suis né au-dessus d’un bistro : « à l’Abri de la Tempête ».
Ma ville, c’est ma rue, et c’est un terrain de jeux. 


     Les marins et les ports ... ? "Fastoche", pour toi ! pourrait-on me dire. Voire ...

 Fastoche ? Il me serait en effet assez facile de ressasser l'ambiance des romans maritimes, ceux de Pierre Mac Orlan, les chants de marins, et de servir tout chauds des vieux clichés.
 Mais j'écris aujourd'hui depuis les bords de Loire, près d'Orléans : Je viens d'y apprendre - moi qui ne connaissais que les "mariniers" - qu'il existe, ou existait deux marines, sur la Loire : le transport de marchandises, et celui de personnes, présentant de grandes différences dans les modes de travail et surtout dans les mentalités.
 À Brest, quatre "marines" (au moins !) : la Royale (Marine Nationale), celle du Portde (port de Commerce), celle des pontons (la plaisance) et enfin quelques pêcheurs.
    
     Je suis né, baby-boomer, en pleine période de reconstruction d'une ville totalement rasée par les bombardements américains et anglais de la fin de la guerre 39-45, particulièrement ceux du siège, en 1944. Mes parents nous ont parlé, tout au long de notre jeunesse, de cette blessure une tourmente qui les a littéralement traumatisés. Des quartiers disparus, le tram de l'époque, des noms de magasins, le Grand Pont tournant, me sont familiers, même si je ne les ai jamais connus, comme "Barbara", ou la Fanny de Laninon ...
 Il y avait souvent beaucoup de monde, le soir, à "l'Abri de la tempête", dans une rue perpendiculaire à la fameuse rue de Siam. La faune des matafs (marins d'État), qui arboraient leurs bachis au pompon rouge, donnait à l'enfant que j'étais l'impression d'une foule bruyante, animée, mais sympathique et - le plus souvent - joviale et conviviale. Mais parfois jaillissaient des mots, "Indochine", ou"Algérie", et le patron devait briser net les fougueux élans ...
     Je suis né juste au-dessus de ce bistro, dans l'appartement familial, une nuit d'hiver. Je n'ai jamais su s'il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là, ni si la patrouille de la Police Maritime y avait fait une descente. Lorsqu'ils débarquaient, ceux-là, ça ne rigolait pas. Coups de matraque solidement distribués, et ... au poste des punis, après un séjour en cellule de dégrisement ...




     Mon père ne mettait jamais les pieds dans ce bistro. Il n'aimait pas, et on n'appréciait que moyennement sa présence, car il buvait très peu d'alcool. Et surtout : Fallait pas mélanger ! les matafs d'un côté, les ouvriers de l'Arsenal de l'autre, non mais ! Pour leur part, les ouvriers étaient bien plus nombreux à être "casés", pères de famille ... Pas la même vie, pas le même monde.
     Dans ma rue, la rue de Lyon, une fille (une grande, au moins dix ans) fait du hula-hoop pour nous épater (le mot est d’époque). Je crois bien que j’avais le béguin pour elle.
     Devant mon immeuble, une école en construction. Comme toute la ville, d’ailleurs. Partout, des ruines. Parfois, j’entends parler de gens qui ont disparu, volatilisés par une bombe non explosée.
     De ma chambre, je perçois (que n’aurais-je donné pour les comprendre !) les discussions mêlées et bruyantes des ouvriers de l’Arsenal, et parfois dans la rue viennent s’échouer des marins en goguette, qui ont perdu leur cap…
     Régulièrement, passe le rémouleur, avec son triporteur : « Ciseaux, couteaux, coupez ! » ou le vitrier : « Encore un carreau d’cassé, v’là l’vitrier qui passe ! » Nous chantons avec lui… Puis ce sera le marchand de pillou. Lui, avec son sac de pommes de terre sur la tête, nous le craignons un peu…
     Déjà, on voit un nombre assez important de voitures ; celle que je préfère est « celle qui louche » (la Peugeot 102, je crois, qui avait les phares très rapprochés derrière la calandre). Dimanche, nous embarquerons, à six, dans la Juvaquatre offerte par Mémée, qui a gagné à la Loterie Nationale (un billet entier des Gueules Cassées, s’il vous plaît). Direction la côte nord, Argenton, ou Porspoder, les « montagnes russes », les vaches au derrière couvert d’une croûte qui nous fait, c’est une tradition, nous boucher le nez et leur tirer la langue. Chaque fois que nous passons devant un calvaire (c'est à dire à chaque carrefour ou presque), Papa fait un signe de croix.
     Parfois aussi, nous quittons notre fief pour livrer bataille contre ceux de la rue Colbert (les fils de la Haute, les enfants d’officiers). C’est qu’il faut le défendre, notre domaine ! Ou alors, nous nous risquons encore plus loin : Rue Jean-Jo (Jaurès), où, le jour de la Fête des Cornemuses, je suis effrayé par les Grosses Têtes, qui veulent m’attirer vers elles. Plaisirs suprêmes : monter « dans l’escalier roulant » des Nouvelles Galeries, ou aussi remplir, à la tirette, les bouteilles de vin. 
     La dernière image inscrite dans ma mémoire de cette rue de Lyon est, tout au fond, inaccessible, l’Hôpital des Armées, dont le portail s’éloigne, alors que nous déménageons vers un « Petit-Paris » inconnu, presque la campagne, sur la route de Paris.
J’ai sept ans, en 1959. Brest, la suppliciée, se fait reconstruire, lentement, vaillamment.
    ..... 2017. Le nombre d'ouvriers de l'Arsenal s'est réduit comme peau de chagrin. On ne reconnaît plus les matafs dans les rues, car ils sont en civil. La curiosité est attisée lorsque l'on croise un marin étranger en escale : le jeu consiste à reconnaître le pays à l'uniforme.
 Durant mon adolescence, et plus particulièrement en 1968, je ne voulais plus entendre parler des bateaux gris, car j'étais, comme beaucoup alors, pacifiste et antimilitariste. Dans le premier port militaire français, cela faisait un peu désordre ... !

     Mon amour (le mot n'est pas trop fort) allait au port de commerce. Les noms des navires, leurs pavillons, leurs équipages, que je rencontrais sur les quais, m'invitaient aux voyages, comme un Marius breton. Je restais de longs moments à tenter de deviner l'origine du bateau, sa cargaison, creusant ma mémoire des cours de géographie économique et humaine.
 J'ai depuis, bien sûr, rangé la Mobylette qui, à défaut des océans, me menait presque tous les jours au Portde.
Les tas de charbon ont disparu, les petits bistros aussi. Une grande salle d'animations culturelles les a remplacés.
 Perte de l'âme d'une ville ? Nostalgie, quand tu nous tiens ... Qui a écrit "sans passé nous n'avons pas de présent" ?


     Ah, j'oubliais : "À l'abri de la tempête" est à présent une agence du "Crédit Patate", comme on dit à Brest.