Bienvenue chez moi

Je suis heureux de vous accueillir dans mon blog ! Vous y trouverez des textes, de la poésie, des souvenirs de vadrouilles et de voyages intimes, que j'ai écrits, seul ou dans un atelier d'écriture, depuis 2001... J'ai pour sujets d'inspiration un thème imposé, un texte, une photo, un tableau, une musique, ou un morceau de mon existence...
Les "Ecrimages" sont les résultats de ces rencontres entre la lettre et l'image...
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Loïc

mardi 1 mars 2016

Ah, ce Proust !



Ah, ce Proust … !

Il est rentré un peu plus tard qu’à son habitude, car aujourd’hui c’est jour de paie. Il débarrasse soigneusement la table de la salle à manger de nos livres d’école et du journal feuilleté ce matin.
L’acte sans nul doute le plus cher à ses yeux : il va procéder au cérémonial de la dépose mensuelle du fruit de son travail.
Mon père brandissait alors son bordereau, le portait au regard de ma mère, et, parfois, lui annonçait, menton levé : « Ce mois-ci, j’ai eu une prime ! » Il s’amusait ensuite, une fois ouverte l’enveloppe de papier Kraft, à en extraire un billet, le triturait, le froissait, le tournait et le retournait, à le soupeser, comme un lingot d’or.
Deux odeurs délicieuses exhalaient de ses gestes, celle du papier-monnaie, si particulière, et aussi le parfum du cambouis, imprimé définitivement dans les paumes de ses mains.
Même en retraite, bien plus tard, il tenta d’effacer les stigmates de son métier (qu’il n’appréciait pas forcément tous les jours) : Rien à faire, il serait mécano à vie ! mais, bien sûr, il n’en était pas peu fier !
Ces deux odeurs, indissociables de sa présence parmi nous, représentaient à mes yeux la plus belle leçon, sans paroles, sur l’importance de l’effort et de la valorisation du travail.
Puis, le rituel : Il étalait lentement ses billets, respectables comme des objets précieux, tandis qu’à voix haute nous comptions sa paie. Opération délicate, d’ailleurs, car en 1961 venait de naître le NF (nouveau franc) : Mais non, la paie n’avait pas baissé, expliquait maman, rassurante !
Ses yeux brillaient, quand nos applaudissions. Nous n’y manquions pas, à chaque fois. Pas de mots, il était plutôt taiseux, mais une si grande émotion …
Loïc

13 commentaires:

Jeanne Fadosi a dit…

des souvenirs écrits avec tendresse et délicatesse. Ce papier monnaie quand la paie était hebdomadaire, j'ai un vague souvenir que cela existait dans mon enfance. Certains pays étudient la possibilité de supprimer le papier monnaie. Je ne sais pas si cela se fera et à quelle vitesse.
Je passais aussi ici pour prévenir que Pour les croqueurs et le défi 161 j'ai eu le feu vert de dômi du coup la feuille de route est sur mon blog en attendant qu'elle le relaie sur le blog de la communauté. Bises.

Martine 85 a dit…

Ton texte Loïc m'a beaucoup touché. Il est écrit avec beaucoup de tendresse, d'amour pour ton papa courageux qui aime son travail et si fier d'en rapporter le fruit chez lui. Merci. Beau Mercredi.

Tmor a dit…

Ça faisait longtemps que je n'avais plus vu ce genre de billets. UNe douce évocation du passé encore sensible et vivant.

jill bill a dit…

Eh oui le jour de paie chez l'ouvrier courageux, maman appelait ce jour le jour du roi !!! Merci Loïc...

Anonyme a dit…

Jour de paie, jour de fête au milieu de la quiétude d'une famille unie autour d'une table nourricière. L'argent, la fierté du travail accompli offert au bien=être de la famille. Douceur et tendresse parfument l,atmosphère. J'aime beaucoup. Marie Louve

TooTsie22 a dit…

ce ne sera pas du Proust bien sûr mais un extrait de "mon tiroir au souvenirs" dans lequel tu pourras fouiller à ton aise et si le coeur t'en dit...(commentaires bien venus)

et comme dit la chanson, je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître...

Voilà!!

Comme pour tous les enfants d'ouvriers de la campagne, le ramassage des pommes de terre était pour moi une corvée mais fallait bien s'y coltiner

Par tous les temps,
cette récolte se faisait à la main avant la rentrée des classes
qui avait lieu le 1er octobre pour les classes de primaire...

Fin septembre, un matin décidé à l'avance et de bonne heure,
la famille grimpait dans le tombereau tiré par le cheval de la ferme voisine que Jules, "Mon Jules" qui était père nourricier, empruntait à notre voisin agriculteur...
Arrivés au bord du champ, le cheval était attelé à la charrue
et les sillons à peine ouverts, le ramassage commençait ...
les paniers d'osier pleins remplissaient les sacs de jute qui étaient à leur tour hissés dans la charrette...
A midi, un court repas vite avalé au bout du champ
et le travail recommençait jusqu'à ce que tout soit fait...
A la nuit tombée, les sacs étaient descendus à la cave et vidés dans les cases par variétés ..
Le travail pour "Mon Jules" n'était pas terminé,
il lui fallait rentrer le tombereau,
dételer le cheval et le panser avant le rentrer à l'écurie...
Au retour, bien qu'harassé par cette journée de travail,
il faisait un passage à la cave pour se rendre compte de la quantité et de la qualité des pommes de terre.
Seulement à ce moment là,
il consentait à rentrer à la maison...
M'man l'attendait pour la soupe tenue chaude sur le coin de la cuisinière...
Mes soeurs et moi, nous avions mangé avant lui,
nous disions bonsoir et nous allions nous coucher...
Mes parents, malgré la fatigue étaient contents:
-"Il y avait de quoi passer l'hiver et le printemps à venir..."

Fabrice Parisy a dit…

Bonjour Loïc... Qui a dit que l'argent n'avait pas d'odeur ? Je me souviens aussi de cette odeur particulière des billets d'autrefois (j'ai l'impression que nos euros sont moins odorants - et ça me fait quelque chose, je dois dire, de revoir, ici, ce billet de 50 francs !)... Le travail, quel qu'il soit, est une valeur importante, hélas un peu malmenée ces temps-ci...
En tout cas, à chacun sa/ses madeleine(s), ton histoire est émouvante, on sent à la fois que le temps a passé mais aussi le sourire inspiré par le souvenir. Et surtout, même si c'est concis, c'est bien écrit.
Belle journée à toi.
FP

Loïc Tizef a dit…

Noble vie que celle qui, inlassablement, se déroule à la campagne.

almanito a dit…

Une évocation forte, touchante par sa pudeur. Quelle valeur accorde t-on aujourd'hui au travail et à l'argent?
Oui, les billets avaient cette odeur toute particulière, peut-être celle de la fierté que l'on tirait de son travail, quel qu'il soit...
Bon courage pour les allées/venues et les passages dans le caisson, à bientôt Loïc.

les Caphys a dit…

des temps révolus, l'argent est désormais virtuel

la griffe a dit…

j'aime bien la création ah si je pouvais en faire autant ,belle soirée

emma a dit…

magnifique évocation et tendre souvenir, ce qui me vient à l'esprit .... https://www.youtube.com/watch?v=x8l43czQAy4

Maria-Lina a dit…

Que c'est beau et touchant, ton texte est merveilleux! Bise et bon dimanche tout doux!